“L’Interprétation des rêves” de Gaël de Kerret

© La Fontaine de Pierre

Qu’est-ce que l’interprétation des rêves, matière première de l‘individuation dont parle la fin du texte d’accueil du site?

Evidemment en premier lieu : qu’est-ce que cette individuation?

Jung propose une définition qui n’a pas encore pris toute l’ampleur qu’elle aura dans le futur : « J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un “in-dividu” psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité[1]. »

Avançant dans le temps et l’étude, il précise : « Il s’agit de la réalisation de son Soi dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’individuation par “réalisation de son Soi” (…). Mais je constate continuellement que le processus d’individuation est confondu avec la prise de conscience du moi et que par conséquent celui-ci est identifié au Soi, d’où il résulte une désespérante confusion de concepts. Or, le Soi comprend infiniment plus qu’un simple moi (…). L’individuation n’exclut pas l’univers, elle l’inclut[2]. » Cette citation demande la réunion de ce qui est épars : le Soi est donc un concept limite qui regroupe le conscient et l’inconscient qui lui-même est divisé en inconscient personnel et inconscient collectif. Quand le conscient est confronté à l’inconscient, les symboles produits décrivent le Soi et donc la totalité de l’homme. Il est l’expérience de la Totalité par une conscience agrandie. Ce Soi est symbolisé par l’Enfant divin : « Il s’agit d’une naissance divine qui réalise (…) l’essence d’un processus d’individuation[3]. » Le Soi intervient dans le processus d’individuation en tant que moteur et en tant que but.

Etienne Perrot précise : « L’individuation est la capacité donnée à chacun de traduire l’aspect du Tout qu’il est dans sa vocation, et de révéler une idée divine qu’il est seul à pouvoir réaliser[4]. »  Comment cela? Par l’exercice d’une quête solitaire apparentée à un processus de petites morts successives, chacun acceptant de se confronter au déraisonnable en lui.

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Toutefois, dire que la totalité de ce message jungien ait été accueillie est aller vite en besogne. Et certains sont heureux d’en rester à des catégories classiques s’en servant comme d’un jugement personnel envers autrui. Après avoir digéré le « premier » Jung, Etienne Perrot nous a aidés à en comprendre le second : c’est en effet les yeux grand ouverts que Jung découvrit au fur et à mesure dans ses rêves et ceux de ses patients des symboles, manifestation d’un Réel voilé émis dans un langage a-normal que toutes les catégories anthropologiques ne pouvaient intégrer. Ce second Jung que nous a transmis heureusement Etienne Perrot a découvert que ces archétypes préexistaient à notre conscience produisant des images numineuses étonnantes appelant notre conscience à  les étudier. Les rêves en étaient les porteurs comme « voie royale » de l’inconscient, ce qui explique l’importance qu’ils ont dans ce site.

Ainsi, celui qui se fait interpréter les rêves peut s’attendre à des surprises de tous ordres d’autant que l’espace-temps n’est pas le problème des songes. Dans le respect absolu de la matière du rêve, l’interprète fera le raccord à l’inconscient pour voir les forces en présence qui indiquent un sens de vie auquel on ne pourra se soustraire à terme. L’interprète en serait le simple témoin quand le principal thérapeute est l’inconscient lui-même. Ou alors l’interprète amplifiera si nécessaire eu égard à des évènements synchronistiques, à des associations spontanées, à des modèles alchimiques, à des contextes familiaux, comme à des images mystiques qui passent les siècles et que le rêve restituerait.

L’inconscient est un chat qui, si on ne le caresse pas, peut devenir un tigre.

Gaël de Kerret

[1] Ma vie, édit. Folio ou La guérison psychologique, édit. Georg

[2] Les racines de la conscience, édit. Buchet/Chastel

[3] C.G. Jung, Réponse à Job, édit. Buchet/Chastel

[4] La Voie de la transformation, édit. La Fontaine de Pierre