“Gâchis” de Rémi Pasquet

© La Fontaine de Pierre

Non ma vie n’est pas un gâchis comme une vilaine tendance aux inflations négatives me pousserait à le dire…

Pourtant, il y a bien du gâchis, de façon générale, quand nous n’autorisons pas le maçon divin à construire le temple univers. Gâchis : ne pas lui permettre de gâcher la chaux et le sable issus de la pierre avec l’eau de nos vies, pour obtenir le mortier qui peut enlier ensuite les solides moellons. Loin de faire du gâchis, tout au contraire, il bâtit un monde que nous ne savons pas voir.

Nos contemporains sont invités parfois à construire leur vie, comme si cela dépendait d’eux. Mais nous ne sommes pas les architectes de nos destins. Seulement des exécutants.

Évidemment, nous prenons des décisions, nous nous en louons ou les regrettons. Mais elles semblent s’inscrire dans un plan qui nous dépasse. À nos yeux, le spectacle du monde ressemble davantage au gâchis du dépotoir qu’au mortier du bon maçon. Mais toutes les vies gâchées n’entrent-elles pas dans une création d’une incomparable splendeur ? Alors là ce n’est plus du gâchis !

Si je reviens à ma petite personne, je ne peux me prévaloir d’aucune réussite remarquable. Je ne suis ni un savant, ni un artiste ni un saint, ni un excellent pédagogue, mais un homme de la rue, un être moyen, ordinaire. Qu’attend de moi le maître d’œuvre ?

Il veut seulement que je vive en partage son excellence, avec tous, dans la joie du corps cosmique dont je dois dire qu’il est mystique à cause du voile qui le recouvre.

Rémi Pasquet