“De la croyance à la compréhension” d’Annette Drouin

© La Fontaine de Pierre

Le trésor en nous

À la fin du chemin, ce n’est plus l’appât d’un trésor à découvrir qui nous met à nouveau en route, mais la nécessité de l’amour qui est au fond de nous et qui nous appelle. Il s’est purifié, il ne lui reste que sa pauvreté, sa misère. Il nous crie : « Attention, je vais disparaître si tu ne me viens pas en aide, si tu ne tiens plus compte de ma présence. Je suis recouvert des cendres du passé, les épreuves m’ont broyé, les désillusions, les amertumes m’ont dépouillé de tout éclat, et pourtant j’agis toujours au fond de toi pour te faire avancer… »

Je n’ai plus l’élan, l’enthousiasme. Ce n’est plus le trop-plein qui se libère, c’est plutôt une recherche laborieuse pour retrouver la source. Il faut creuser profond, il faut laisser l’énergie venir d’ailleurs, de cette zone où les eaux sont abondantes et apparaissent en inondations dans les rêves.

Après avoir écrit cela, j’ai rêvé d’un cheval sortant de l’eau tumultueuse du lac devant ma maison.

Le sens

Vivre la souffrance sans le sens, c’est être plongé dans le noir total. Revoir le sens de ce que l’on a vécu et que l’on vit, c’est renaître avec une force nouvelle pour accepter d’autres épreuves. On n’est plus « sous-terre », on voit enfin le jour, on retrouve la lumière du jour nouveau. Notre regard s’est transformé, renouvelé. C’est une vie plus large, plus profonde. On ne sait pas pourquoi ni comment, on sait que « cela est ». Il n’y a rien à comprendre, mais on revit. C’est une réalité, comme un enfant nouveau-né. Il faut en prendre soin, ne pas laisser échapper à nouveau ce qui est venu à nous, qui nous a été donné. On est responsable de ce don, il faut lui consacrer notre vie et notre vie devient sacrée, car elle prend son sens.

Alors que la vie renaît à peine en moi, je la salue et lui rends grâce. Elle dissipe mon angoisse en manifestant sa force. Je ne suis plus livrée corps et âme à ma faiblesse devant l’adversité — quelque chose en moi vient à mon secours que ne j’avais ni soupçonné ni espéré.

De la croyance à la compréhension

Si le Christ revenait sur terre et se présentait en disant : « Mon père est aux cieux et ma mère est une vierge », on le prendrait pour un fou. Pour un jeune qui n’a reçu aucune éducation religieuse, les croyances chrétiennes semblent absurdes : la résurrection de la chair, l’ascension du Christ, l’assomption de la Vierge, etc. Il reste le message d’amour, et encore.

Pour moi qui ai cru sans réfléchir à ce qu’on me disait comme parole d’évangile et qui voyais ma mère, des adultes et ceux de mon âge se rendre aux offices et prier, avoir une foi réelle, je n’ai pas eu cet esprit critique d’emblée. Il a fallu, comme beaucoup de gens de ma génération, attendre l’adolescence pour me poser des questions, et j’ai souffert de ne plus pouvoir « croire » simplement et de me sentir éloignée du troupeau. Il a fallu que je découvre les livres de Jung et d’Etienne Perrot pour comprendre que ces croyances avaient un sens psychologique. Je pouvais alors à nouveau croire à ces symboles, à leur vérité psychologique. Ce fut une véritable révélation. Cependant, ce ne fut pas facile, ni rapide, surtout pour le livre Réponse à Job !

Je pourrais dire au sujet du Christ : « Le Christ est né dans notre âme devenue vierge, désappropriée, comme disait Madame Guyon, de tout égoïsme et désirs du moi », une âme qui a accueilli la fécondation de la parole du Père par son Fiat. Cette parole de Dieu, qui vient des « cieux » intérieurs, de notre inconscient, se manifeste et vit dans l’âme devenue consciente, éclairée par l’esprit de sagesse qui parle dans nos rêves.

C’est une parole d’amour qui se fait agissante et opère une transformation faisant de nous un être nouveau, ressuscité après une mort à nos anciennes façons de voir. Le Christ a sacrifié sa vie pour témoigner qu’en chaque homme l’essentiel est cette étincelle divine dans son âme et que c’est plus important que la vie terrestre menée au niveau du moi.

À son tour, Jung a témoigné de sa propre expérience de Dieu et s’est consacré à la rendre accessible à l’esprit contemporain, et à redonner vie, à rendre perceptible cette vie dans l’âme à travers les images et les paroles des rêves. Il a réconcilié l’ancien et le nouveau langage et permis à ceux qui l’entendent de reprendre à leur tour le chemin de la vie dans sa plénitude.

Il nous fait comprendre cependant que le Christ, homme réel de son temps, a été le support de l’image lumineuse du Soi — bonté, pureté, amour du prochain — et que l’image négative est restée dans l’ombre, incarnée par le diable, le mal, la chair, la haine, la violence. Et il nous a montré que nous sommes écartelés entre ces deux faces de Dieu dans l’homme, entre ces deux contraires.

Dans Réponse à Job de Jung, Job fait preuve de plus de conscience que Dieu. Cela m’a choquée, étonnée d’abord, car, pour moi, Dieu était omniscient, le savoir absolu, et représentait la conscience spirituelle en tout. Mais cette contradiction vient sans doute du fait que l’image de Dieu pour Job est encore celle que l’inconscient de son époque lui avait transmise et avec laquelle il devait lutter pour devenir lui-même plus conscient. En se confrontant personnellement à une expérience intérieure de la divinité, à une force qui le dépasse, l’homme parvient à une connaissance plus complète, à une incarnation de cette conscience plus haute qui est alors le Soi en lui.

La vie a alors un sens : rendre plus manifeste la présence en nous de cette conscience qui cherche à progresser. Elle est en moi, m’aime et me parle. J’avais peur de cette ancienne image de Dieu dans le livre de Job, un Dieu inconscient et froid. Je préférais le visage doux et consolant du Christ. Le Dieu qui n’est pas qu’un « bon Père », mais qui peut être terrible et violent comme la nature, oui, il existe, mais à nous de le rendre plus humain, plus conscient. Dans cette confrontation, ce combat, sort une transformation réciproque de l’homme et de l’image de Dieu en lui. Le visage terrible devient paisible et doux et garde les marques de la mort subie et de la résurrection, comme celui du Christ sur la croix. La conjonction de l’humain et du divin est sortie du néant de la mort de l’homme et a transfiguré sa vie.

Annette DROUIN